Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.
(Nicolas Bouvier)
Alors voici un blog, pour nous suivre, mon voyage et moi...
Chers
amis d’ici et d’ailleurs, tous chers à mon cœur…
ma prose se fait rare et les
nouvelles encore plus. Les derniers orages grondent sur les contrées du Zou, la
première récolte de maïs et d’arachide a été engrangée et les champs sont à
nouveaux vallonnés de sillons réguliers d’où émergent, tels de petits soldats pimpants,
les pousses verdoyantes issues des nouvelles semailles. Rythme immuable des
saisons, de l’alternance de la pluie et du soleil, le cultivateur et la terre
s’assignant le défi perpétuel de faire surgir la vie d’une simple graine !
Ces
quelques derniers mois ont été marqués de la visite d’une illustre délégation
venue des deux côtés du lac Léman…et c’est à la rencontre de tout le Sud Bénin
que Anne, Clémence, Fred et Céline sont partis. Deux semaines à crapahuter dans
des 504 Peugeot sans âge, à se brûler les lèvres avec la sauce piment et le
sodabi, à débattre des bienfaits et couleurs des pagnes…ça passe bien vite mais
comme le parler Béninois le dit si bien : « on se tient et à tout
moment ! ».
Après
ce petit intermède européen, la reprise a été, hum, comment dire, sans
enthousiasme. Parce que si à l’oreille de la plupart des habitants de nos
contrées occidentales, juillet et août ont des douces résonances de tomates-basilic,
pinède et grillons, hamac et tongs, soirée en terrasse et barbecue, lavande et
plage, au Bénin c’est une toute autre affaire. Primo il fait frisquet (si,
si…on a même vu le thermomètre redescendre à près de 20°C). Secondo il pleut en
laissant un ciel d’un gris plombant et oppressant et les rues telles d’infâmes
marigots. Tercio, on passe des semaines à regarder des boîtes mails où plus
rien n’arrive car tout le monde est en vacances/RTT/apéro. Pour moi,
juillet-août au Bénin, c’est novembre en France :- (
Le
passage de voyageurs venus de loin me ramènent (passagèrement) sur le tempo européen
de ces jours qui s’enchaînent si vite et dans lesquels on construit, on bâtit,
on évolue. Mon temps africain paraît alors bien figé ! Chacun fait son
chemin : une création d’entreprise, un enfant, une année sabbatique, une
maison qu’on emménage à deux, des études qu’on reprend, un nouveau travail, une
p’tite affaire familiale qu’on remet en route, un mariage...ça bouge tellement
du côté de chez vous ! Sans trop y penser, je constate qu’à mon (peut-être
prochain) retour, ce sera un sac bien léger que je poserai à terre : un
peu d’expérience mais certainement pas beaucoup d’argent, encore moins un petit
chez-soi et pour le reste…Pierre qui
roule n’amasse pas mousse ! Dans le même temps, après un an et demi
ici au Bénin, je me sens plus libre…et plus consciente du foisonnement des
possibles. Et à (quasi !) 25 ans, moi aussi je ressens le besoin vital de
me lancer, de bouger, de créer ! La lenteur africaine a son charme, le
fait d’essayer de s’accomplir aussi !
Il
ne faut pas voir l’herbe toujours plus verte chez le voisin mais quand on a
l’impression que la pirogue reste en équilibre sur un tronc d’arbre au milieu
de la rivière, soit on met un sérieux coup de rame, soit on plonge et on
rejoint la rive à la nage. En septembre, gros coup de pagaye donc ! Les
programmes de développement sur lesquels je travaille au Bénin sont enlisés
dans des conflits croissants de relations partenariales sur lesquels, modeste
ouvrière de la grande fourmilière que je suis, je n’ai aucune prise. Ayant
épuisé ma patience et mon entrain, je ne me voyais pas faire le moulin à vent
dans ma brousse encore 6 mois, à observer le ballet diplomatiques des ( ?)
responsables. Donc belle prose envoyée à la direction…évolution ou
démission ! Les 2 mon cap’taine !
Et cette fois, changement il
y a : démission de l’Association Française des Volontaires du Progrès pour
passer en contrat directement avec le GERES jusqu’à fin janvier. Changement de
contrat, changement de mission : je m’engage donc dans des études de prospection
pour un montage de projet IRAM-GERES sur les agrocarburants en filière locale
en Afrique de l’Ouest. Concrètement, je change de collègues de travail, je vais
travailler en lien plus étroit avec le Niger et le Mali en gardant pied au
Bénin et (TATATAM !) la finalisation des études m’amènera en décembre
-janvier en France. Et après janvier : Inch’Allah ! Si je ne
« me retrouve » pas (quelle belle expression béninoise !) dans
ce que me proposera éventuellement le GERES, l’idée d’un congé sabbatique pour
des projets personnels en France ou au Canada fait son chemin !
:-) Heureuse pour les 4 mois à venir!
En
terme de calendrier, une seule quasi-certitude : je serai à Aubagne du 15
au 18 décembre pour les rencontres stratégiques du GERES.
Amis d’ici et
d’ailleurs, tous chers à mon cœur, portez-vous bien !
Bien longtemps que je ne vous ai assommé de ma prose ?
Quelles nouvelles du front béninois ?
Après une grosse crise de doute existentielle dont j’ai le
secret;- ) à mon retour au Bénin (nous dirons pour faire bref que j’ai payé l’addition
corsée d’une somme de désillusions dignes de mon jeune âge, "avoir l’audace de changer ce qui peut l’être,
avoir le courage d’accepter ce qui ne peut être changer, avoir la sagesse de
différencier les deux") puis un gros, un abrupt pic de travail fin juin et début juillet,
me revoilà…
Mais que m’est-il arrivé depuis tout ce temps ? Est-ce
que j’ai passé mon temps à peigner des girafes ? Pas tout à fait…Ceux qui
n’ont pas le nez rivé sur l’effroyable baisse de la consommation des ménages en
France (hum…préoccupant en effet, ne peut-on arranger cela en endettant quelques concitoyens?) auront peut-être
remarqué que ça flambe sacrément du côté africain. Doublement du prix des
produits pétroliers en Côté d’Ivoire. Face au tollé des transporteurs, le
gouvernement a atténué la mesure en financement une part de la facture
énergétique par une baisse du traitement des membres du gouvernement.Incroyablement fou, non ?
Au Bénin le litre d’essence est seulement passer de 420 FCFA
à 650 FCFA en une semaine…Autant vous dire qu’ici aussi, même sans
contamination nucléaire (hum...), les questions énergétiques ont le vent en poupe. Imaginez
un monde où tous les produits manufacturés et une part non négligeable des
produits alimentaires de base (riz, lait, farine.. sont importés (donc
transportés par cargos, puis par camion, puis par moto, puis par vélo…).
Imaginez alors l’impact de la hausse fiévreuse du cours du baril sur la vie de
personnes qui n’ont pas un franc en trop à chaque fin de mois. Est-ce un
mauvais moment à passer ? Est-ce que c’est l’opportunité pour le monde
rural africain de pouvoir (enfin !) développer son agriculture sans subir
le sabotage du dumping occidental (tiens par exemple ces fameux excédents
européens bien subventionnés qui coupent court à toute initiative de laiterie
locale…) maintenant que les choses commencent à coûter leur vrai prix? Soyons
positifs : mieux vaut un changement douloureux que l’immobilisme dans un
système condamné (je parle au moins du point de vue agricole) !
J’en reste là sur les grands débats…le mal de tête commence
à poindre ! Pour revenir à des choses prosaïques de la vie d’ici…Evocations
et impressions dans le désordre de mon esprit.
LE PALU : Comme mon esprit s’est beaucoup échauffé ces
derniers temps et que la fatigue s’est lourdement accumulée, la palu m’a
rattrapé…moins fort que l’autre fois mais l’occasion malgré tout de faire des rêves
étranges (j’ai même rêvé de Walibi, le parc nautique avec la kangourou !).
Le palu c’est quoi en fait ? C’est une énorme flemme qui s’empare du corps
et de l’esprit. Avec le palu, je sens comme davantage de vide et de flottement
dans ma tête, mes pensées deviennent des acrobates ivres qui marchent sur une
corde mal tendue…et tant pis quand ça tombe. Le palu c’est plus de 48h en
pyjama…sans quitter son lit. C’est un univers circonscrit dans l’espace d’un
matelas où s’amoncellent pagne, couette, tasse, médocs, bouquins, PC…Et ce qui
est appréciable aussi avec le palu, c’est que tout le monde est aux petits soins (même
si mes bouclettes en pétard suscitent des réactions plus moqueuses que
compatissantes) et que c’est l’état d’esprit parfait pour écluser un stock de
bons films, le temps est suspendu et on plane tellement qu’on vit complètement dans le film
un bon moment !
LE MALI : quand même le palu est mal tombé car juste
après il y avait le Mali. Une mission de 10 jours pour évaluer la faisabilité
des crédits carbones pour les agrocarburants à base de Jatropha. Tout un
programme ! Le Mali a été l’occasion de recroiser (encore et encore…est-ce
que le monde rétrécit en Afrique ou bien ?) des vieilles connaissances. Parmi
eux, Christophe, dit Tophe-Te, promo 103 et VP en même temps que moi. Le Mali
était très beau en saison d’hivernage, du vert partout et surtout, oh mon Dieu,
que de coton ! J’ai été aussi étonnée de voir le foisonnement de projet
autour du Jatropha et de la production d’huile comme agrocarburant : le
marché européen fait se lécher les babines aux industriels tandis que toutes
les ONG rêvent d’autonomie énergétique à partir d’une simple plante qui survit
dans le sable ! A suivre !
mes 3 semaines européennes touchent à leur terme et je reprends le chemin du Bénin dès demain matin.
Pour son retour en Sarkoland, Marion a testé pour vous :
- faire ses courses dans un supermarché et rester plantée 3h devant un rayon de 200 mètres de yaourts à tergiverser entre les 0% ou 20%, smoothie, goût cerise ou rhubarbe, tarte tatin ou tiramisu, oméga 3 ou probiotiques...
- refaire un créneau, ne plus s'arrêter n'importe où dans la rue et ne pas saluer les flics sur le bord de la route
- expliquer la différence entre humanitaire et développement : oui je sais, c'est décevant mais non, je ne sauve pas le monde! La semaine prochaine peut-être!
- retenir son code de carte bleue et participer allègrement à la consommation de masse
- assimiler le fait que la politique se résume à des stylos Mt-Blanc et comprendre enfin la portée de l'expression bling-bling
- dormir avec une couette et hésiter 30 minutes chaque matin avant de poser un orteil sur le sol glacé
- réintégrer le fait que les horaires ne sont pas indicatifs
- se faire plein de copains sur Facebook et même faire pousser des plantes virtuelles
- apprécier de boire des boissons chaudes et pourquoi pas avec une montagne de crème dessus
- remplir en triple exemplaire un formulaire rose pour avoir un récépissé vert permettant d'obtenir le bon bleu...ou inversement
- se faire aider à porter ses valises de 40 kg dans le métro parisien : si, si, ça existe!
Enfin bref, autant à Bruxelles, qu'à Paris, l'Ile d'Yeu et en Haute-Savoie, ce fût un plaisir de se retrouver! Merci à tous ceux qui m'ont si bien reçues, merci pour les bières dans les vieux cavots bruxellois, merci pour le Zout, merci pour l'ambiance champêtre et bohême de l'Ile d'Yeu, merci pour les tartifellettes et les bons petits plats mijotés,merci pour les rigolades et les grandes bouffées d'oxygène, merci pour les litres de thé et les discussions sincères, merci pour les cours de belote, merci pour les apéros conviviaux et les sautillements en festival, merci pour toutes ces attentions et cette affection qui fait chaud au coeur...
Maintenant c'est reparti pour encore 9 mois et peut-être plus. Prochain passage en Europe à date encore indéterminée mais ma masure vous attend au Bénin.
Comme je ne me sens guère en verve après avoir tant discuté ces dernières semaines, je vous propose de finir sur quelques vers d'une poème de Baudelaire... en vous embrassant! A tout bientôt!
Un matin nous
partons, le cerveau plein de flamme, Le coeur gros de rancune et
de désirs amers, Et nous allons, suivant le rythme de la
lame, Berçant notre infini sur le fini des mers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là
seuls qui partent Pour partir, coeurs légers, semblables
aux ballons, De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Vous
pensiez que j'avais laissé à ce stade mes véléités
de blog ? Point du tout. Un petit mot qui précède mes
vacances en Europe le mois prochain.
Et
oui une année au Bénin, le cap a été
passé le 21 mars, qui l'eut cru... le temps se rétrécit
à la chaleur des saisons africaines.
En
ce paresseux dimanche après-midi, je vous écris du
salon baigné dans une lumière brun doré qui joue
sur les tissus, les étoffes et les tableaux dont s'est parée
ma maisson en un an : voilà ce qu'on fait en un an, on se crée
un chez-soi, un petit univers dans lequel se tissent fil à fil
de belles arabesques de relations humaines. Un peu de Cat Stevens
pour penser aux “Malus Tracks” et une bouteille d'eau glacée
à portée de main car les grosses chaleurs continuent
plus que prévu. Aujourd'hui on limite les sorties car ce sont
les élections locales... et ce matin c'était déjà
le scandale car dans plusieurs bureaux, le matériel de vote
n'est toujours pas disponible à midi : point de bulletins,
encore moins d'urnes... Cela ne va pas arranger ce cher Dr YAYI BONI
qui souffre des mêmes critiques que celles adressées à
notre SARKO national : trop présent dans les medias, sur tous
les fronts à la place de ses ministres, un brin démago
dans ces prises de décision et égocentré version
petit culte de la personnalité. Affaire à suivre, tant
que les Béninois se disputent à coup de diatribes
télévisuelles ronflantes et de pseudo-groupes
parlementaires dissidents mais disciplinés, tudo bem.
Comme
promis dernièrement, je m'en vais vous parler un peu
d'agrocarburants. C'est en effet le sujet polémique très
tendance saison printemps-été 2008 avec le barril de
pétrole à plus de 115 $ et la risque de crise
alimentaire qui pèse dans de nombreux pays du Sud avec
l'augmentation incroyable du coût des produit de base
(perceptible à mon humble niveau quand j'achète le
pain, le beurre, le lait...). Quel rapport me direz-vous entre
alimentation et pétrole ? Primo le prix des denrées
alimentaires est lié au cours de l'énergie compte-tenu
des modes de productions actuelles (mécanisation, utilisation
d'engrais et pesticides, distance entre lieu de production et de
consommation, que celui qui n'a pas mangé de raisin du Chili
en mars lève la main...). Secundo, la demande sur les marchés
des céréales a cru du fait de la production de
“bio-éthanol” à base de maïs, principalement
aux USA.
Rajoutez
à cela l'Union Européenne qui décide
d'incorporer 10% d'agrocarburant dans les pompes européennes
d'ici quelques années et bonjour la surchauffe!
Et
l'Afrique de l'Ouest n'échappe pas à ces questions
globales... se développer sans énergie, no way. Alors
quand l'énergie devient chère (le Bénin est 100%
dépendant sur ce secteur), c'est un équilibre précaire
qui se met à vaciller. Les émeutes de la faim ont
commencé en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Sénégal. Évènement cyclique et structurel ou bien épée de
Damoclès sur le point de s'abattre ?
Enfin
bref, dans ce contexte, l'Afrique fait également rêver
pas mal de monde...tant de terres disponibles et inexploitées
pour produire des Everest d'agrocarburant et faire rouler des 4x4
hybrides (évidemment on est écolos chez nous mon bon
m'sieur). Depuis que je suis au Bénin, j'entends parler de
toutes sortes de pseudo-projets farfelus : des milliers d'hectares de
tournesol, de manioc ou de canne à sucre. Dans la réalité
des faits, les projets industriels peinent à s'installer.
Seuls quelques modestes expérimentations ont commencé.
La
plupart des expériences lancées au Bénin (mais
également au Mali, au Burkina) portent sur le Jatropha Curcas,
encore appelé pourghère. Il s'agit d'un arbuste
biscornu qui produit des graines fort riches en huile. Déjà
planté à Madagascar et au Cambodge (entre autres ?), le
Jatropha fait rêver : assez résistant à la
sécheresse, supportant des sols peu fertiles, coupe-feu contre
les incendies de brousse, luttant conte l'érosion et
régénarateur des sols, sans usage alimentaire ...
beaucoup y voient la plante magique, le parfait agrocarburant
“garanti sans effet secondaire” et en font la promotion comme
tel. Ce serait aller un peu vite en besogne, une plante reste une
plante, elle peut survivre dans des conditions difficiles, soit. Pour
ce qui est de produire des graines à un niveau suffisant pour
que le producteur qui la cultive puisse en vivre, il faut de l'eau et
des nutriments... non, non et re-non! On ne peut pas produire des
agrocarburants sur un caillou sec.
Mais
alors quel rapport entre le Jatropha et moi ???? Une part de mon travail
ces derniers mois a été de collecter des graines de
Jatropha sur des plants sauvages pour les mettre en pépinière.
Pour 2008, le GERES lance donc quelques dizaines d'hectares de
plantations avec un groupe pilote de producteurs. Objectif de la
manoeuvre : enfin pouvoir juger sur pièces les performances de
ce sauveur vert (car au Bénin c'est le vide en terme de
références agronomiques à ce sujet), juger de la
viabilité socio-économique d'une telle production et de
l'impact sur le système de production local. Rangez drapeaux
et bannières, chaque producteur plantera en moyenne 0,5
hectare, jamais au dépend des vivriers, et c'est le producteur
qui choisit le type de plantation qui lui convient le mieux (haie,
champs en culture pure ou associée à des plantations
vivrières). Les plantations devraient conduire à la
mise en place de petites unités d'extraction d'huile (des
presses comme pour l'huile d'olive) détenues par les
producteurs. L'huile végétale ainsi produite doit
permettre d'alimenter le marché local du diesel et du pétrole
: lampes tempêtes, moteur diesel des moulins à
céréales... Produire localement et consommer
localement, en voilà une bonne idée pour que les
deniers de l'énergie bénéficient à la
communauté.
Pas
possible d'aller plus loin sur le sujet car c'est un peu la guerre de
l'information ces temps. Le savoir coopératif n'est pas
vraiment le mot d'ordre : difficile de savoir qui veut faire des
agrocarburants et dans quelle finalité. Et rien de plus
désagréable que de constater qu'on a, sans le savoir,
filer un coup de main à un entrepreneur qui ambitionne de
faire des agrocarburants un produit de rente et une filière
d'exportation à l'image du coton...avec les réussites
qu'on connaît !
J'en
resterai là sur la question du Jatropha... donc merci d'être
indulgent à mon égard et de remiser oeufs pourris ou
tomates avariées si vous voyez mon nom accolé à
des projets agrocarburistes. Ce n'est pas avec moi que vous verrez de
la canne à sucre dopée et irriguée pour faire
rouler votre Clio.
Et
sinon, bah non, on ne fait pas que bosser, Dieu merci! Et on se
ballade aussi mon neveu! Et en bonne compagnie, c'est encore plus de
bonheur. Bonne compagnie = Hans, Suisse Allemand, biceps d'ancien gymnaste, meunier de son métier, moustache et bedaine de
circonstance après 17 ans de vie à Bohicon. Tant qu'on
charge une glacière bien pourvu en bière glacée
à l'arrière de son monstre tout-terrain, y'a pas de
limites aux virées dominicales, commentaires à l'appui
“ça c'est les Danois qui ont construit, ça a jamais
fonctionné”, “cette usine, ce sont les Israëliens, ça
a jamais tourné”...et ainsi de suite avec les routes des
Allemands, les centres de formation des Français, les centres
de santé des Japonais. De chemin tape-cul en ravines, la forêt
de Lokoli a ouvert ses rameaux et ô surprise, des arbres les
pieds dans l'eau entre lesquels on circule en canot... les marais
poitevins version tropicale! Autre petite virée, le Mono,
fleuve qui sépare le Bénin du Togo et qui se fait la
fantaisie de quelques rapides sinueux. Et bien sûr les
incontournables collines de Dassa où il fait bon sentir le
granit chaud tandis que le vent frais du crépuscule commence à
frémir...Le tout ponctuée d'une p'tite bière,
merci Hans (NB : les bières sont très légères
au Bénin, heureusement pour mon foie, hips)!
Entre
ces virées au vert et au grand air, la maison continue d'être
animée : la famille Degan a accueilli le petit dernier, les
dîners improvisés se succèdent pour profiter de
la relative fraîcheur des soirées... la vie quoi, chez
vous comme chez moi!
Je
ne ferai pas mentir le dicton “en mai, fais ce qu'il te plaît”
et il me plaira de retrouver ma tribu, ma clique et ses dépendances
d'ici quelques jours!
Ces quelques dernières semaines se sont inscrites sous le signe des kms poussiéreux...
Sillonner le Nord du Bénin pour arpenter des villages improbables au bout de piste sans fin où on croise les Peuls en transhumance avec leurs troupeaux pour rejoindre les contrées plus clémentes du sud. Bouffer du km jusqu'à l'indigestion pour rejoindre des Volontaires du Progrès, perchés tout là-haut, dans le voisin « Pays des Hommes Intègres » alias Burkina Faso.
Comme vous ne l'ignorez sans doute pas, je suis à un modeste niveau sur l'échelle de l'expatriation, puisque je suis sous statut de « Volontaire de Solidarité International », en contrat avec la fameuse « Association Française des Volontaires du Progrès ». Au-delà de cette appellation désuète, cette organisation oeuvre en partenariat étroit avec le Ministère des Affaires Etrangères depuis le lendemain des indépendances. C'est la principale pourvoyeuse de volontaires français “all over the world”. Volontaire me direz-vous ? C'est un statut hybride entre bénévole et expatrié : une indemnité de 500 euros, une couverture médicale et un système de formation à disposition.
L'AFVP (sans s'attarder sur la pléthore de dysfonctionnements de cette vieille maison) a comme principal atout un réseau de jeunes VP (Volontaire du Progrès) dans le monde entier. En traversant l'Afrique, un VP vous ouvrira sa porte dans quasi chaque petite ville. Et la force de ces VP, c'est la solidarité...ma maison est ouverte sans condition aux VP, connus ou inconnus, et je ferais de mon mieux pour les accueillir même si ce n'est pas le bon moment, même si ils restent des semaines, même si j'ai compèt' de karaté le lendemain. Et je sais qu'on en fera autant pour moi...et ça marche! Lors de mon dernier voyage au Togo, j'ai débarqué pliée en deux par la fièvre chez de parfaits inconnus VP...ils ont préparé un lit, un repas, chauffé de l'eau pour une douche. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres et cela fait un bien fou de trouver de telles pépites de richesse humaine sur les chemins. Pour ma part, à chaque fois je suis étonnée et touchée par cet accueil...et je me rends compte que cela me donne envie de rendre 100 fois la pareille.
C'est donc pour rejoindre les Volontaires du Burkina-Faso que j'ai fait mon sac. Deux heures assis au bord de la route à attendre le bus dans un joyeux désordre à la lueur oscillante du lampion rouge du barrage de police à l'entrée de Bohicon...C'est à minuit passé que le bus a enfin pointé le bout de son nez et toute ma clique de Bohicon était là pour saluer mon départ : merci les copains. Au programme 19h de route avec des sursauts au milieu de songes aussi chaotiques que le bitume qui berçait ce demi-sommeil, 2 crevaisons avec cette odeur flippante de caoutchouc brûlé, un lever de soleil sur la savane assoiffée, un petit dèj avec des mamas du gabarit de Maïté, les yeux piquants de pourssière et de fatigue au passage lentissime des douanes, l'arrivée à Ouaga, cité aux milliers de mobylettes P50 pétaradantes....et quelques jours à passer avec les Volontaires du Burkina.
Cette rencontre de Volontaires avait pour objectif de nous mettre “3 jours dans la vie d'un Burkinabé”. En fait c'était 3 jours dans la vie associative locale de la région de Dori, aux portes du Sahel. Les volontaires se sont égaillées entre des associations d'artisanat féminin, de culture maraîchère en coopérative, d'accès aux nouvelles technologies, de développement de l'écotourisme, etc.
Pour ma part, j'ai rejoint une structure de lutte contre le VIH-SIDA qui va de village en village, avec une télé sans âge, un lecteur DVD chinois et un petit groupe électrogène pour projeter des films de sensibilisation aux MST et proposer des campagnes de dépistage. On s'émeut parfois de la violence de certaines campagnes de santé publique en Europe et bien ce n'est rien comparé à ce qui a été diffusé dans ces villages du Burkina : la vidéo reprenait les infections vénériennes par le menu avec gros plans de rigueur...miam-miam. Au-delà du contenu même du film de sensibilisation, c'était incroyable de voir quasiment tout le village rassemblé autour de ce minuscule écran, obnubilé par cette image animée et lumineuse sous les étoiles.
C'était une belle expérience, et pour ne rien gâcher, dans un endroit magifique. Le début du Sahel, c'est le début du désert. Tout y paraît plus intense, le soleil y brille d'un éclat plus mordant, le vent vient de plus loin, l'horizon est plus vaste. En contraste avec l'ocre, le brun et le jaune qui envahissent le paysage en saison sèche, les Peuls de la région sont vêtus de couleurs éclatantes, réhaussées de bijoux clinquants. Le marché est d'une beauté captivante et nul spectacle n'est plus agréable que ces ânes chargés de sac, traversant la ville nonchalament. Et la vie paraît simple et apaisée, les gens sont calmes et avenants...même si il ne faut pas se voiler la face, ce calme est aussi celui d'une région qui n'offre que peu de perspectives à des jeunes dont l'ennui est colossal.
Enfin bref, en dépit de certaines réalités, le Burkina-Faso m'a charmée, surtout par la simplicité des gens que j'ai rencontrés. Misons que ce n'était que la première d'une longue série de visites!
Bye bye...prochain épisode dans quelques semaines!
Il
est de bon aloi de placer chaque nouvelle année sous un petit
dicton, comme si en la seconde qui sépare les 365 jours
de 2007 des 366 jours de 2008, les compteurs avaient été
remis à zéro. “Travailler plus pour gagner plus”ne
m'a guère inspirée...je vous propose donc une citation
de ANON :
“
There are 2 ways to write error-free
programs. Only the third one works.”
A bon entendeur, salut!
Le
mois de décembre a connu l'agitation propre aux programmes de
développement financés par les bailleurs : l'Union
Européenne débloque ses fonds annuellement, en tenant
compte de ce qui a été dépensé et réalisé
pendant l'année. Par conséquent, avant de rendre un
bilan annuel en janvier, tout le monde remue le cocotier pour
“décaisser le budget” et accessoirement mener les
activités prévues. C'est le même fonctionnement
pour les administrations béninoises qui le plus souvent ne
reçoivent leur budget qu'en septembre de l'année en
cours et font donc des pieds et des mains pour dépenser le
budget annuel en 4 mois : missions à gogo, conférences,
inaugurations, missions...Les fins d'année sont donc sur les
chapeaux de roue...à la béninoise quand même,
restons calmes!
Ce
petit pétillement a également fait des bulles en dehors
du boulot : pour preuve, une maison jamais vide, une sonnette en
surchauffe, quelques casiers de bière glacée qui ne
sont plus. Il y a des périodes comme ça, même à
Bohicon où ça n'arrête pas. C'est dans ce p'tit
tourbillon que Zoé nous a rejoint pour deux semaines. Objectif
: oublier le Père-Noël, les papillotes kitsch qui donnent
mal au bide, les grèves de transport et le trottoir surpeuplé
de BHV un samedi après-midi. Méthode : débarquer
avec son sac à dos au Bénin avec une seule idée
“le plan, c'est PAS de plan”. Résultats : une virée
dans les collines en moto avec pause photo pour ramener la plus belle
image de baobab, une commémorable digestion de Noël (pas
si simple de finir les deux énormes boules de pâte de
maïs dans son assiette), des heures de taxi brousse dans des
peugeots sans âge, des questions atomisantes de rire “mais
pourquoi tu deviens pas présidente de la France ?”, des
pagnes bigarés, des ballades dans les vielles rues coloniales
de Porto-Novo, des heures de sieste à toute heure, du beurre
de cacao à croquer...et finalement un sourire rayonnant et une
mine toute colorée pour reprendre l'avion et commencer 2008 du
bon pied. Le truc bien avec la méthode de Zoé, c'est
que le bienfait est contagieux et que moi aussi, j'étais relax
pour commencer 2008!
D'ailleurs
2007 a fini et 2008 a commencé avec les braillements (chants?)
des Evangélistes célébrant leur messe de 4 h au
voisinage direct de l'endroit où nous étions installé
pour un diner sous le manguier...jamais un moment de répit,
que personne ne s'étonne si je reviens nonne de mon séjour
au Bénin, même pas moyen d'échapper à
l'évangélisation le soir du Réveillon!
2007
bien enterrée, 2008 dans ses balbutiements. Le manège
a ralenti sa ronde et le travail est plus posé : tirer le
bilan de toutes les actions menées, tenter de prévoir
la suite...La maison a un peu désempli aussi, Kémi et
Marc sont repartis pour quelques semaines par delà les océans.
La Coupe d'Afrique des Nations fait retenir son souffle à la
moitié du continent : les Aigles du Mali, les Lions du
Cameroun, les Etalons du Burkina, les Ecureuils du Bénin(oui,
oui, un écureuil montre des qualités certaines dans
l'adversité!)...Petit temps de réflexion, comparable à
ce retour de l'esprit sur soi quand le charriot gravit mécaniquement
la montagne russe, on est du voyage mais pour le moment, rien ne se
passe...
Bien le bonjour du Bénin où nous avait rejoint pour quelques jours la Camillette de compèt'!
Oui, il a fallu batailler sec pour la convaincre de boire l'eau du robinet sans cacheton et le pschitt à moustique ne l'a pas quitté d'une semelle (d'ailleurs à ceux qui se posent la question, non le paludisme n'est pas une maladie contagieuse). Il faut bien que je me moque un peu car dans en vérité je suis admirative devant l'étendue de ses capacités d'adaptation! Deux semaines à la maison et Camillette mène sa vie, marchande ses achats, fume des cigarettes de contrebande négériane qui te bitume les poumons, part à la découverte des villages, sort boire des coups et dort sur la banquette arrière du taxi où on est entassé comme des sacs à patates Dire à quelle point c'est une aventurière, elle a été ma cobaye comme passagère de la moto (ce qui explique qu'ensuite elle avait besoin de cigarette nigérianne...)
Cette première quinzaine de décembre a en tout cas été fort remuante...on est allé se ressourcer dans un formidable endroit dans les Collines du Bénin, un petit village qui mène un projet communautaire pour l'écotourisme. C'était incroyable de voir à quel point le village était bien tenu et combien le comportement des habitants était avenant avec un véritable échange possible. Le concept d'éducation à la base semble fonctionner : penser global, agir local. On a pu beaucoup discuter...on est même aller jusqu'à aborder les questions des quotas d'émission de carbone et le film d'Al Gore sur le réchauffement climatique. En bref, un petit week-end de randonnée qui nous a permis de voir d'en haut le plateau d'Abomey et de laisser s'égrener le temps à paresser tels des lézards sur leur gros caillou.
Nous avons également fait le tour des temples et des fétiches d'Abomey. On s'est donc retrouvé dans un petit coin reculé d'Abomey avec plusieurs messieurs adeptes ou initiés de différents fétiches. On a pû voir les fétiches masculins et féminin, le fétiche des jumeaux, le fétiche de sforgerons et quelques autres. En fait le fétiche, c'est souvent quelque chose de très simple : un tas de glaise, une souche, une poterie posée au pied d'un arbre. Les fétiches sont recouverts de différentes offrandes qui se se stratifient et se décomposent avec le temps : pâte de maïs, huile rouge, sang de poulet, plumes, alcool...ce qui donne un aspect de peinture bigarée, abstraite en relief. Pour les personnes qui ne connaissent pas, les fétiches peuvent sembler des choses tout à fait banales car il n'y a ni or, ni argent, ni fine sculpture, ni symboles compliqués. Ce sont des objets de la vie de tous les jours qui portent une valeur divine...et souvent pour les yovos que nous sommes, on a du mal à comprendre comment une motte de terre jonchée de nourriture de toutes sortes peut avoir tellement d'imprtance. Camillette a fait sa requête secrète aux fétiches et leur a laissé un peu de pâte de maïs à manger...y'a plus qu'à laisser faire.
Le séjour s'est bien fini. On a testé LA boîte de nuit de Bohicon, finalement semblable à celles qu'on trouve partout ailleurs dans le monde. On a quand même rudement bien dansé et c'est avec peine que le lendemain on s'est levé pour aller sur des petits chemins et prendre une petite barque pour traverser un petit lac et rejoindre un petit village sur une petite île.Là on a profité des talents de mono de colo' de Camillette qui a fait chanté les gamins pendant au moins une heure...un truc incroyable! Je pense que l'île résonne encore des “youpi yah”. Voilà c'était chouette...même si j'avais beaucoup de boulot, on a bien profité alors je te dis un grand merci Camillette!
Ici ça continue, Zoé arrive lundi et le programme sera chargé pour finir 2007.
« Ça
fait trois jours » comme on dit au Bénin! En bref,
cela fait un sacré bail et plus de 8 mois au Bénin... 8
mois, pétard de nom d'un cornebidouille qu'est-ce que ça
file! Je me rappelle que Charles me disait que en terme de mémoire
temporelle, c'est à dire notre façon de se représenter
le temps et la durée, les quinze premières années
de notre vie équivalent à l'ensemble des années
qui suivent...comme si le sablier mental s'emballait à un
moment donné de l'existence. Et quand on y pense, à 7
ans, on a l'impression que les récréations sont
interminables et à 25 piges, on n'a pas le temps de dire ouf
que ce sont des mois entiers qui nous filent entre les doigts. Bon,
en tout cas, les demi vieux à califourchon sur leur banc
bancal à jouer à l'awalé, ils s'en contrefichent
royalement de tout ça...ils n'ont peut-être pas de
montre, mais ils ont le temps.
Donc ici au Bénin,
en cette fin de mois de novembre, on est bien loin des grèves,
des CRS, de Sarkoland, des files de voiture bloquées en
pagaille par 10 cm de neige sur le périph', de la vaccination
contre la grippe, de la douce hystérie de la préparation
de Noël, des jours raccourcis et des moufles par dessus les
gants. Ici on sort de la saison des pluies la plus longue depuis 10
ans (les barrages hydroélectriques du Ghana sont bien remplis
ce qui devrait permettre de traverser la saison sèche avec
moins de coupures de courant que l'an dernier). La saison sèche
de retour, c'est aussi le soleil implacable qui nous brûle de
tout son poids. On change un peu le rythme de vie : on se lève
plus tôt, on se repose et on ralentit aux heures chaudes de la
journée, et la rue reprend son pouls normal en fin
d'après-midi dans une lumière dorée du meilleur
effet sur le rouge latérite poussiéreux des piste, un
petit quelque chose d'intemporel et magique.
Mais quoi de neuf depuis
tout ce temps me direz-vous? Voilà le petit paragraphe pour
ceux à qui j'aurais manqué d'envoyer des nouvelles ces
derniers temps (euh, compte tenu de ma connexion internet du tonnerre
de Brest, il ne faut pas m'en tenir rigueur...et puis certains que je
soupçonne d'avoir l'adsl at home ne sont guère plus
loquaces).
Je suis toujours
assistante technique sur un programme de développement rural
et représentante du GERES (Groupement Énergies
Renouvelables Environnement & Solidarité) au Bénin.
Qu'est-ce que cela veut dire grosso modo? Cela veut dire que dans des
villages du département du Zou, on mène des actions
pour permettre le développement du stockage des produits
vivriers et la transformation agro-alimentaire artisanale. Mon poste
est un peu du « tout-venant ». Je fais la
petite main sur certaines missions coordinateur béninois du
programme : vérification comptable, contrats de partenariat,
passation de marché, organisation des RH, planification. Je
fais également la petite main pour l'équipe de cadre
dans le déroulement du programme : discussion des
méthodologies, des retours de terrain, etc. J'ai également
quelques missions spécifiques dont la communication, le suivi
stratégique des activités et aussi la représentation
du GERES qui m'amène à rencontrer des partenaires
techniques et les bailleurs de fonds. Même si mon poste est
vraiment fourre-tout et que parfois cela sème une totale
confusion, c'est l'occasion d'avoir une vision vraiment large de ce
qui se fait dans les métiers du développement. Ceci est
d'autant plus vrai depuis que le GERES est en contractualisation avec
la Commission Européenne pour un important programme d'accès
à l'énergie en milieu rural qui implique pas moins de
six partenaires : agence d'Etat, collectivités locales et
divers experts techniques (microfinance, développement local,
efficacité énergétique). J'ai même
rencontré le ministre béninois de l'énergie la
semaine dernière (et pas de chance pour lui, il y a eu coupure
quand on était dans son salon de réception). Voilà,
ça c'est le boulot...
Du côté de
la vie comme elle va, la maison s'est animée de la présence
de Kémi, ma colocataire depuis juillet. C'est une
franco-béninoise avec comme un penchant pour le Québec
parmi les pays qu'elle a traversés. Du coup, plus moyen de me
défausser pour apprendre le Fon, la langue du plateau d'Abomey
et je goûte à tous les plats béninois. Et puis
Kémi, c'est une super chance de médiation culturelle.
Du coup, on a aussi notre petite clique béninoise et
internationale à Bohicon pour se rendre visite et sortir. Par
exemple, ce week-end c'était poulet bicyclette et pâte
rouge de maïs dans un maquis (nom local des gargottes) sous les
arbres, jardinage et cours de Fon samedi avant un p'tit concert de
musique traditionnelle samedi (la danse du serpent...) et mise au
vert le dimanche avec une ballade familiale dans les collines du
Kouffo.
La nouveauté à
Bohicon, c'est aussi que je me suis convertie à la seule idole
qui vaille en terre béninoise : ce n'est ni la Mission
Evangélique du Renouveau, ni les Témoins de Jéhovah,
ni même les Chrétiens Célestes mais la moto...et
oui! Me voilà donc l'heureuse propriétaire d'une
monture 125 imitation Honda. Et doucement, j'apprends à la
conduire, entre les nids de poule des routes goudronnées et
dans le sable et les ravines des pistes. Et en préalable à
tout cela, il m'a fallu effacer de ma mémoire toute référence
à un quelconque code de la route...ici c'est la prise de
décision en temps réel au cas par cas. Il n'y a pas de
priorité qui tienne!
La France parait un peu
loin et mon court passage à Paris et Bruxelles cet automne a
été une grande déferlante...comme si d'un coup
je me remettais en prise directe avec un tas de relations et
d'occupations laissées en stand-by! Je me suis un peu rendue
compte aussi que je suis pas mal en décalage, que du fait de
mon statut de volontaire, j'échappe à beaucoup de
réalités de l'entreprise conventionnelle, que je vis un
peu sans attaches : pas si facile que cela de transmettre une juste
image de la réalité de mon mode de vie sans tomber dans
les clichés absurdes. Au Bénin, rien n'est facile mais
rien n'est impossible. Je me suis sentie un peu étourdie par
tout ce que je manque en étant loin : les aînés
qui vieillissent, les mômes qui arrivent et grandissent, les
amis avec qui on voudrait partager de plus près les bons
moments et les coups durs...C'est peut être mon caractère
qui me tarabuste d'interrogations et me fait penser que je suis
décidément bien petite pour un monde si vaste et
mouvant : que faire? Voilà, je vous sens rassurer, même
sous les manguiers, j'ai ma dose de questions existentielles!
Et pour la suite ? Pas
mal de visites pour le mois de décembre, Noël et Nouvel
An à crapahuter dans la zone, la fête du Vaudou à
Abomey, sans doute une virée éclair au Burkina Faso en
janvier, un gros projet qui démarre bientôt sur les
agrocarburants en Afrique de l'Ouest (tout un débat...),
l'arrivée d'un chef de projet expatrié en mars
prochain... et une halte en France au printemps 2008. Et le reste,
Dieu fera...
Tout d'abord, aux envieux qui pensent que l'Afrique ne se dépare pas de son soleil étourdissant, sachez que ici aussi les « perturbations climatiques » font palabrer. Une grande saison des pluie anarchique qui s'enchaîne sans petite saison sèche avec une petite saison des pluies qui pour le coup n'a rien de petit...c'est plutôt des trombes d'eau de jour comme de nuit. C'est donc sous un ciel gonflé de pluie et menaçant que Yves et Mélanie m'ont rejoint début août.
Un intermède bienvenu dans une situation professionnelle alambiquée. J'en suis déjà arrivée à la menace de démission (le problème c'est que quand on menace de démissionner au bout de 5 mois, il reste quoi comme moyen de pression pour la suite??) et fin juillet, il était plus que temps que j'aille prendre l'air ailleurs avant de complètement péter les plombs. Au programme : se changer les idées en bonne compagnie et découvrir le Bénin sous le point de vue agréable du voyageur sans attache.
Notre petit périple nous a fait explorer le sud-Bénin d'Est en Ouest : les charmes de la ville coloniale de Porto-Novo, le pittoresque du marché villageois de percussions à Adjarra, l'intemporalité d'une ballade sur la lagune près des villages lacustres des Aguégués, une virée au XXIème siècle par une petite soirée culturelle slam à Cotonou, un retour au lieu historique de l'esclavage à Ouidah, la décompression à rastaland à Grand-Popo, une incursion au pays des poteries à Sé, un apprentissage du lancer de filet sur les barques des pêcheurs de Possotomé, le plaisir du home-sweet home à Bohicon et la quête de la rédemption de l'âme dans les 41 collines de Dassa...ouf, beau programme!
Ce petit Bénin trip a été l'occasion de plusieurs découvertes. En premier lieu, sachez que je suis, sans me vanter, une divinité! Oui mesdames, oui messieurs! Explication : dans le culte vaudou (dominant au Sud-Bénin), les jumeaux ont un rôle particulier dans le panthéon local. Ce sont des divinités. En premier lieu, on n'a pas le droit dire qu'un jumeau est mort, on dit qu'il est sorti chercher du bois. (A la naissance de jumeaux, on fait réaliser deux statuettes et on les ritualise afin que chaque statuette incarne un jumeau. Si l'un des jumeaux vient à disparaître, le second jumeau doit prendre soin de la statuette du premier jumeau comme d'un véritable alter ego, selon des rites très définis : la nourrir, la vêtir, procéder à différentes cérémonies. Et si, par malheur, ce sont les deux jumeaux qui sortent chercher du bois, c'est la mère qui porte les statuettes en tout lieu et leur prodigue les soins rituels. Le fait d'être jumeau donne droit à un statut particulier dans la communauté. On sert plus généreusement les jumeaux au marché, la parole du jumeau a une valeur particulière, elle est (un peu) prophètique...Pour la petite histoire, on s'est trouvé à négocier des objets dans une petite boutique d'artisanat à quelques kilomères de la frontière nigériane. La palabre avait déjà bien avancé entre le commerçant et Yves et Mélanie mais elle a pris un tour particulier au moment où le type a su que j'étais une jumelle. A partir du moment où je lui ai dit de faire le prix, l'affaire a été conclue sans davantage de discussion(largement à notre avantage me semble-t-il)...ce qui n'est pas vraiment l'usage béninois.
Une autre découverte captivante a été le jardin botanique de Porto Novo, ancien jardin du gouverneur français. Dans l'esprit colonial, la vocation première de ces jardins était, en dehors de l'agrément des fonctionnaires venus de métropole, de rassembler les plantes à potentiel commercial et d'en faire l'amélioration variétale et la reproduction pour d'éventuelles plantations lucratives. Le jardin de Porto-Novo a la particularité d'héberger un iroko sacré qui semble-t-il, renferme une force de nature à susciter la créativité et l'inspiration. Après l'indépendance, le jardin est tombé en désuétude, livré à l'abandon et au pillage. C'est par une initiative de l'Ecole du Partrimoine Africain que ce jardin a été récemment réhabilité. L'iroko sacré y trône toujours et règne sur un ensemble de plantes médicinales, alimentaires et aquatiques propres au Bénin. Mais ce jardin ne serait qu'un espace vide d'esprit sans son conservateur, Mathias. Le temps d'une fin d'après-midi, c'est tout l'art de la parole africaine qu'on goûte : une vraie parole profonde et chaleureuse, pleine de savoirs immémoriaux et d'humilité...une parole mystérieuse et malicieuse dont le silence laisse entendre que la connaissance est vaste mais se mérite. Au-delà du plaisir de découvrir le poivrier, le muscadier, le cacaoyer; c'est aussi un décryptage de pratiques de la société vaudou offert au travers des plantes. Grand mal te prendra de refuser la noix de cola proposée par ton ami. Et rarement il m'a été donné de me lier avec une personne d'une telle finesse d'intelligence et d'une telle humanité. Mesdames, messieurs, nous avons eu l'inestimable bonheur de rencontrer un sage. Et ça fait du bien en terme de regard sur le monde!
En terme de personnage hors-du-commun, il y a eu aussi Gildas et son Lion Bar à Grand-Popo. Grand-Popo est un village de pêcheurs bordé par le fleuve Mono, juste à quelques kilomètres du Togo. C'est le petit Eden des amateurs de cocotiers et de farniente au Bénin. Dans ce tout petit village qui vit tranquillement du tourisme (ne vous attendez pas à une marina débordante de boutiques de souvenirs...si vous êtes 15 touristes dans tout le village c'est bien tout!), le Lion Bar est un petit trésor de simplicité à l'effigie du Jah...une cahute peinte aux couleurs de la Jamaïque du plancher au plafond, un accueil chaleureux, des chambres depuis lequelles on entend le ressac violent de l'océan, des hamacs entre les cocotiers et comme une impression d'être chez un ami plutôt qu'à l'auberge. Et puis à Grand-Popo, force est d'admettre qu'il n'y a RIEN à faire...et c'est vachement reposant de se laisser vivre en se souciant seulement de choisir entre poisson grillé et gambas, ça requinque!
Le marché africain...toute une histoire dont je ne peux vous conter que quelques bribes. Dans le sud du Bénin , la plupart des marchés ont lieu tous les 5 jours (une fréquence liée à la structuration de leur système numérique, du moins en langue Fon). Enfin bref...Pour se rendre au marché, la plupart du temps les femmes (hormis pour les animaux pour lesquels, semble-t-il, la profession de boucher est exclusivement masculine), chargent sur leur tête de lourds paniers et prennent la route plus que matinalement, le plus souvent à pied. Les fillettes accompagnent souvent leur mère. Arrivées sur la place du marché, chacune organise son étal, que ce soit une toile de jute posée sur le trottoir ou une vraie boutique en béton. Partout les marchandises sont ordonnées, les tomates, les citrons, les piments sont disposées en petits tas, on fait des monticules de sel, de farine, on empile en pyramide le manioc, les ananas, les pagnes sont disposés en guirlande...une improbable méticulosité dans le chaos.
Le marché est surtout actif le matin, les ménagères viennent chercher les ingrédients indispensables à la préparation de la sacro-sainte sauce qui agrémentera le rie ou plus souvent la pâte de maïs, d'igname ou de manioc. Dans le marché; on se bouscule, on se hèle, on crie parfois un peu. Il faut prendre garde à ne pas déséquilibrer les commerçantes itinérantes qui circulent avec un plateau sur la tête, il faut s'écarter prestement devant les petites carrioles à bras qui charrient les sacs de riz, de charbon. Plus tard dans la journée, la fatigue gagne et beaucoup restent à demi-assoupies. Mais le marché dure jusqu'à étonnamment tard dans la soirée, à la lueur vacillante des petites lampes à pétrole. Les marchés ouest-africains , et plus certainement encore le marché de Bohicon, ville commerciale par excellence, rassemblent une diversité de produits qui laisse rêveur. Prévert n'y aurait pas renié son inventaire... Bien sûr, il y a les produits agricoles locaux : maïs, manioc, igname, tomates, oignons, piment, huile de palme, arachides; ananas, oranges, poisson fumé...Il y a aussi les produits dérivés traditionnels : le célèbre afitin d'Abomey, espèce de moutarde faite par fermentation de néré (une légumineuse), le klui-klui, beignets croustillants de pâte d'arachide, l'akassa, une sorte de pâte à base d'amidon de maïs, le fromage peul obtenu à partir de ferment végétal et beaucoup d'autres choses étranges que je ne connais pas (encore)! Le marché rassemble aussi les tissus, les médicaments et les plantes médicinales tout un bric-à-brac de chinoiseries de plus ou moins bon goût de la bouilloire à eau à la radio en passant par la pendule dauphin, des chaussures, de la vannerie, des soutiens-gorges, des bijoux de pacotille, des houes et des coupe-coupes, des calebasses, es bougies, tout le nécessaire d'ustensiles en plastique, des lampes de poche, tous les ingrédients nécessaires aux fétiches et cérémonies des vaudoun, des ficelles, des fripes, des crayons, du savon artisanal...et que sais-je encore!
Le marché est fondamental car faute d'infrastructures (notamment routières) et de structuration des filières, les produits circulent avec difficultés. Guère d'autres débouché pour le producteur local que l'autoconsommation ou la vente au marché du coin. De même, la plupart des clients ne s'approvisionne qu'au marché. Les boutiques et supermarchés restent une réalité occidentale. Près de 200 000 habitants dans la conurbation d'Abomey-Bohicon et un seul supermarché, plus petit qu'un SPAR de quartier, ravitaillé de façon aléatoire qui plus-est! Tout se fait comme dans une fourmilière, les femmes vont se ravitailler au grand marché de Cotonou, à Lomé ou au Nigeria où elles achètent quelques lots de produits importés (particulièrement les produits chinois qui sont PARTOUT) qu'elles ramènent en taxi et revendent ensuite au détail. Ici tout peut se vendre au détail, le comprimé d'aspirine, la cigarette, la dose de whisky, le bonbon, le rouleau de PQ, le clou...c'est d'ailleurs l'un des vices du commerce au Bénin, le plus souvent il n'y a pas création de valeur ajoutée dans le pays, on fait du business en achetant en gros et en revendant au détail dans des coins plus ou moins reculés, où de toute manière les acheteurs n'ont aucune information sur ce que vaut réellement le produit. Et cette chaîne de grossiste-détaillant peut compter de nombreux maillons!
En bref le marché africain semble une incarnation même du concept de marché de Adam Smith, un endroit où se rencontre l'offre et la demande et où la valeur des produits est modulée en fonction de ces deux paramètres...actuellement le kilo de tomates doit être autour de 200 FCFA, soit 0,25 euros (et je sais que je paie le prix fort!). D'une manière générale, la fluctuation des coûts des produits agricoles inhibe le développement rural car dès qu'un produit est en abondance sur le marché, c'est à dire au moment de la récolte, il ne vaut quasiment plus rien. Or le plus souvent, soit les producteurs souhaitent à tout prix obtenir du cash (même si le prix de vente est inférieur au prix de production), soit il n'y a de toute manière qu'une faible capacité de stockage...A titre d'exemple, savez-vous que au Burkina, on estime que près de la moitié de la production de mangues pourrit purement et simplement, et pourtant Dieu sait qu'en saison sèche, ces mangues seraient les bienvenues dans les estomacs.
Pour vous mettre en appétit, je vais vous parler de délicieux fruits tropicaux séchés. Ici l'ananas pousse toute l'année et près de chez moi il existe un centre de séchage de fruits (hyper aidé, hyper subventionné) où cet ananas se transforme (pas par magie, rassurez-vous, rien à voir avec le vaudou) en petites tranches moelleuses et sucrées à souhait. D'aileurs quand c'est la saison, il y a également des mangues et des bananes séchées. Ce petit centre a même son unité de jus de fruit, jus de fruit qui rejoint le lycée agricole de Poisy pour être conditionné en bouteilles et être vendu aux gentils bobos que vous êtes.
Juste pour être critique (n'allez pas croire que c'est une sale manie) mais cette entreprise a été tellement subventionné que c'est de la concurrence déloyale pour les entreprises de la place moins habiles à capter les financements de la machine "Développement". Par ailleurs, même si ces ananas rejoignant la filière de commerce équitable sous le label Solidar Monde d'Artisans du Monde, je ne suis pas certaine que ces activités entraînent le moindre développement communautaire. C'est plutôt un positionnement marketing bien négocié. Bien sûr c'est mieux que rien mais il ne faurdait pas faire passer des vessies pour des lanternes. Je me tais à présent et je vous montrer quelques photos.
Filou, mon ami, si tu me lis, sache que tu as les salutations d'Hélène et d'Edmond et aussi des ouvrières. Le Bénin ne t'oublie pas comme tu n'oublies pas le Bénin!
La
parole est parfois rare...ou ces relais en sont avares! Enfin
quelques nouvelles du Bénin où je dépasse, pas
toujours vaillamment, mon 4ème mois de présence. Il
s'en passe des choses en 4 mois et pourtant on n'est guère
plus avancé, on brasse le vent mieux que des grands moulins
hollandais. Il y a de l'avenir pour l'éolien dans le coin!
Qui
dit mois de juillet, dit 14 juillet, dit sauterie de circonstance à
l'ambassade de France. Tout ce que je souhaite c'est que cette fête
ne soit pas à l'image de la relation franco-béninoise
car c'était de l'ordre du royalement pitoyable. Bien sûr
les jardins de l'ambassadeur sont sublimes, encore plus sous la
lumière oscillante des loupiottes qui se balancent entre les
palmiers. Le petit hic c'est dès l'entrée, on vous fait
passer par deux files différents « Français »
et « Étrangers ». Malheur aux Béninois
invités qui avaient emmenés femmes et enfants, ils sont
restés à la grille! Il paraît que l'ancien
ambassadeur est parti en vidant la caisse ce qui explique qu'en dépit
de la foule des 2500 invités Béninois et des résidents
Français du Bénin(quelques milliers aussi), il n'y
avait même pas de quoi offrir une bière et un petit four
à chaque convive. Qu'à cela ne tienne...la réception
du 14 juillet s'est donc transformé en pugilat, en attaque
rangée sur le gazon bien taillé contre les serveurs qui
baladaient quelques maigres plateaux de saucisson. Hormis quelques
nantis militaires qui se sont sifflés leur bouteille de
champagne, la patrie a été chichement fêtée
à Cotonou. En terme de goujaterie et de mauvaises manières,
les gens de bonne société, Français comme
Béninois, ont rivalisé d'audace. Finalement on se
retrouve toujours quelques points communs!
Hormis
ces incursions dans la grande métropole cotonoise, c'est aussi
dans mon petit coin du Zou, en plein royaume Fon, que je me suis pas
mal balladé. Bohicon (ma ville de résidence) se trouve
à quelques kilomètres d'Abomey, l'ancienne capitale du
royaume du Dahomey (les anciens connaissent sans doute). C'est une
région ou l'ethnie Fon est dominante (d'ailleurs le Fon est
aussi la langue qui se parle bien plus couramment que le Français).
Le royaume du Dahomey est très connu pour la puissance de sa
dynastie et la belligérance des ces dirigeants qui ont mené
la vie dure à leurs voisins (d'ailleurs le royaume du Dahomey
a pas mal alimenté le marché de l'esclavage avec des
prisonniers de guerre). Les Fon d'Abomey se caractérisent
encore par un grand attachement aux traditions royales (fortement
liées au Vaudou) et à une certaine fierté qui
frise (encore) souvent l'agressivité. Suite aux complications
de la colonisation, deux rois (les descendant de Béhanzin et
le descendant d'Agoli-Agbo) revendique actuellement la souveraineté
sur Abomey et le président du Bénin a été
obligé de s'en mêler pour demander un certain retour à
l'ordre. Le 1er août doit avoir lieu la fête de
l'indépendance et ce n'est pas très crédible de
présenter deux rois pour un événement qui vas
rassembler des délégations étrangères. Ce
cher Yayi Boni, président du Bénin a donc sommé
les sommités aristocratiques de se mettre d'accord...un
feuilleton en 45 épisodes avec moult rebondissements et
intrigues de palais. C'est Santa Barbara version boubou et grigris!
La semaine dernière, ma copine Laure, volontaire pour le compte du SEDIF et du CCFD sur la gestion sociale de l'eau, a fait sa fête d'adieu. Après un an de galère sur un projet qui fonctionne tout de travers, une solution, la démission. Ce n'est malheureusement pas une exception, beaucoup de projets ne supportent pas le passage de la théorie à la pratique...pour un projet qui réussit, combien d'autres enlisés, sans issue?
Ce petit week-end d'adieu a été l'occasion aussi de visiter le lieu de travail de Laure. Elle était en appui à la mairie de Sô-Ava, un village lacustre sur le lac Nokoué. Les villages lacustres sont une particularité du Bénin. Excusez l'inexactitude mais durant les guerres de « tribus » (mot inexact), un des peuples s'est réfugié sur des villages faits de maisons sur pilotis. En effet leurs assaillants ne pouvaient, selon leurs croyances religieuses, s'aventurer sur l'eau avec leurs armes.
Le lac Nokoué, juste au nord des villes de Cotonou et de Porto-Novo compte donc de nombreux villages lacustres, donc le plus célèbre, Ganvié, où les habitants ne posent jamais le pied sur la terre ferme! C'est un écosystème très particulier et assez paradoxal. En effet, les cités lacustres se trouvent dans la zone la plus densément peuplée du Bénin et subissent l'influence de la grosse ville de Cotonou toute proche. Beaucoup de pollution, une pression démographique croissante. Des vrais problèmes de gestion urbaine...avec l'eau en plus! Les habitants se déplacent en pirogue entre les maisons et les ilôts de terre ferme. Ces cités lacustres vivent du maraîchage et de la pêche. Les produits sont vendus au marché de Cotonou tout proche, les villageois s'y rendent en pirogue collective. Du poisson et des légumes à l'aller, les produits du marché (riz, savon, sauce tomate) au retour...de sacrés convoisbigarrés maniés à la force du bras, avec une perche.
Ces villages sont un peu une vitrine du Bénin, un lieu très emblématique et un véritable spot touristique....the place to be pour toutes les institutions qui veulent soigner leur image. Cela draine tout un tas de projets de développement avec des petites et des grandes asso', des coopérations décentralisées, des étudiants, des centres de recherche, des églises...sans forcément avoir des impacts réels sur le terrain (la plupart des villages sans eau, ni électricité, une insalubrité structurelle, un environnement toujours plus détérioré). Cela a fait évoluer les mentalités des populations vers quelque chose de pas franchement joli joli...soit tu me donnes de l'argent, soit tu dégages. Un mélange d'assistanat et d'agressivité, une dépendance institutionnalisée. Des gamins qui hurlent « Donne moi 100 francs » dès qu'un yovo passe. La faute aux projets en pagaille qui, incapables de se coordonner sur un même territoire et d'associer les bénéficiaires, déversent de l'argent sans se soucier de qui s'approprie les projets localement. L'important c'est de faire des belles inaugurations! Il faut apprécier l'image de carte postale mais ne pas se voiler la face. Certains Béninois pensent qu'on leur vole leur âme en les photographiant et dans un certain sens c'est exact! Dans l'interaction culturelle telle qu'elle se pratique actuellement, c'est le pire qu'y s'échange!
Parce que à Bohicon, il n'y pas vraiment ni expo, ni festival, ni piscine, ni cinéma ni quoi que ce soit ressemblant à des loisirs organisés (hormis les cérémonies de funérailles mais on s'incruste pas comme ça non plus...), il faut bien créer soi-même ses occupations. La petite équipe de volontaires français et japonais que nous sommes a donc déployer tout son talent pour donner vie à une belle fresque dans la paillote de la maison de Thibault, mon (seul) collègue volontaire à Bohicon. Concours de dessin, projection des motifs la nuit et peinture le lendemain...de quoi trouver un sain exutoire aux tensions de la semaine. Ce petit week-end de la Pentecôte (bah ouais cela reste férié ici) a été l'occasion aussi d'étrenner ma maison. Pendaison de crémaillère à la bougie à cause d'une grosse pluie qui a entraîné une coupure de courant générale de 24h (bah ouais, personne ne travaille les jours fériés, pas même les techniciens du réseau électrique!).
Je fais mon trou à Bohicon mais dans la mentalité de cette ville de province traditionnelle, mon statut de jeune femme indépendante est pour le moins incongru. Mais où est mon mari? Et où sont mes enfants? Et comment je fais pour habiter toute seule? Dans une société où l'amélioration de la condition de la femme ( à tout point de vue) relève d'un chantier de Titan, où l'individu ne s'entend qu'en référence à un groupe familial, la logique de mon schéma de vie relève de l'absurde. Une jeune femme célibataire qui quitte seule son pays et son entourage pour aller travailler à l'autre bout du monde, cela ne cadre guère avec les projets de vie de mes homologues béninoises. Tout cela pour dire que mon cas intéresse, intrigue...et que mon intégration en est d'autant plus compliquée. On peut comprendre qu'un homme vive seul et soit mobile pour son travail, mais pas une femme et pas à mon âge. Du coup j'attire des personnes qui ne me veulent pas que du bien. Qui pensent que tout est permis avec moi vu que je suis, du fait de mon statut, en marge des valeurs traditionnelles. Qui voient en moi une opportunité du destin, et une possibilité, qui sait, d'obtenir de l'argent ou d'accéder à un autre monde. Ici courtisans et demandes en mariage sont légion et à foison...des jours ça fait rigoler tellement c'est énorme mais certains jours cela agace d'être vu comme un portefeuille à pattes, un portefeuille stupide, prêt à croire n'importe quoi en plus! Pour que Bohicon devienne ma ville, il me faudra donc encore pas mal de temps mais je ne désespère pas d'être acceptée et considérée pour ce que je suis. En attendant, je m'aère autant que possible les méninges avec ce que le Bénin compte de gens qui ont la bougeotte...
Mais non, mais non, Marion n'est pas morte car elle chante encore...on connaît le refrain! Bohicon (la ville de province où j'habite, à 3h de Cotonou) n'a pas encore eu raison de Marion mais c'est vrai que je me sens un peu loin du festival de Cannes et du tournoi de Roland Garros...pas de radio international, pas de téle, internet au compte-goutte, que des feuilles de choux locales, moins de 50 étrangers dans une ville de 70 000 habitants... Ce qui semble me lier au vieux continent, c'est la pluie...et oui, juin, juillet, la saison des pluies bat son plein. Il fait quand même autour de 30°C mais le ciel verse sa rasade quotidienne à la terre rouge et sableuse qui explose alors en exubérance végétale...ici c'est tout en processus accéléré, comme si les plantes se pressaient de germer, grandir, fleurir et disperser leurs graines tant qu'il y a de l'eau. Du coup, les moindres lopins sont plantés d'arachides, de maïs, de manioc.
Au delà cette passionnante chronique météo, je fais mon trou à Bohicon. Me voilà bien installée dans ma maison, ça commence à avoir un peu d'allure et je regarder pousser mon potager en priant pour que pastèques et melons arrivent à terme. D'ici le mois prochain, une franco-béninoise de l'INAPG devrait me rejoindre en tant que chargée d'étude sur la valorisation énergétique de la biomasse (foyer de combustion amélioré et biocarburant)...là je sens que mon mail en décourage déjà certains! Plusieurs personnes m'ont posé la question « mais qu'est-ce que tu fous au Bénin? »...petite explication qui reste d'être un brin rébarbative mais ô combien pédagogique!
Dans le contexte de déclin de la filière coton, le Bénin se cherche un autre créneau pour son agriculture qui occupe et fait vivre quasiment 70% de la population. Le programme sur lequel je travaille se nomme « Productions Agroalimentaires et Renforcement des Initiatives Economiques Rurales » et porte sur la valorisation post-récolte des produits de l'agriculture familiale, bruts ou transformés en produits de terroir (farine fermentée de manioc, de maïs, pâte d'arachide). En bref, comment créer un revenu à partir du manioc, de l'arachide ou du maïs? Le programme est parti du postulat que les filières vivrières sont livrées à elle-même dans un contexte peu dynamique (bah ouais à la campagne au Bénin, c'est encore plus enclavé que la Creuse, dès que tu t'éloignes de 10 km des villes, il n'y pas plus aucun service, ni la moindre trace de modernité donc en terme d'opportunités c'est dur dur). Le but du programme c'est d'identifier des initiatives de producteurs à la base dans un environnement où ils subissent un désavantage concurrentiel (pas d'accès à l'électricité, au crédit, aux techniques, aux services de mouture, de séchage...) et de soutenir la mise en place de microentreprises rurales. Concrètement me direz-vous? Mettre en place un séchoir à céréales et organiser la gestion de ce service par les groupes d'agriculteurs eux-même. Accompagner l'achat d'une râpe mécanique pour transformer le manioc dans un groupement villageois de femmes. Toute la stratégie d'action se base sur l'accès à de nouveaux services et technologie susceptibles de créer de la valeur ajoutée et permettre à l'entreprenariat rural d'accéder à des marchés urbains. Souvent le levier de développement, c'est l'accès à l'énergie...pour sécher et conserver des produits ou pour réduire la pénibilité des travaux généralement réalisés par les femmes.
Le programme sur lequel je suis travaille donc avec les producteurs de base pour développer des services aux micor-entreprises rurales. On travaille aussi sur l'accès à des produits financiers adaptés dans les instituts de micro-finance de la place. Cela consiste à soutenir les instituts de microfinance dans la mise en place de services spécialement adaptés aux besoins du monde rural (crédit bail pour le matériel agricole, avance de trésorerie pour la conduite d'activités saisonnières, besoin en fonde de roulement, etc...).
Ma contribution à moi dans tout ça? Je suis assistante technique du programme. Dans le jargon du développement c'est une fonction qui veut tout dire...et son contraire! En fait, il y a deux chefs de projet, l'un en France à Aubagne et l'autre à Cotonou. Je suis chargée de faire le lien entre eux et de soutenir le chef de projet béninois dans sa mission : gestion administrative et financière du programme, conventionnement, relations avec les financeurs, programmation des activités, cadrage stratégique. Sans doute cela n'est pas très parlant mais pour l'image, disons que le programme est une petite entreprise d'une dizaine de salariés avec une co-direction entre une ONG française (GERES) et une ONG béninoise (Allowanou-Tognon). Moi je joue le rôle de consultant en management...au coeur de la machine mais sans le pouvoir de décision! Le boulot est très complet et prenant, parfois trop. C'est une bonne école de la débrouillardise et du système D!
Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez regarder le site (en transformation) du GERES (Groupement Energies Renouvelables Environnement Solidarité), ONG qui m'emploie. Voilou voilou pour le turbin. C'est pas du tout cuit loin s'en faut et l'enjeu est fort avec près de 4 millions d'euros engagés d'ici 2011. Peut être une bagatelle pour une boîte privé lambda mais un sacré morceau pour une ONG au Bénin.