Mais qu'est-ce qu'elle fait Marion là-bas?
Mais non, mais non, Marion n'est pas morte car elle chante encore...on connaît le refrain! Bohicon (la ville de province où j'habite, à 3h de Cotonou) n'a pas encore eu raison de Marion mais c'est vrai que je me sens un peu loin du festival de Cannes et du tournoi de Roland Garros...pas de radio international, pas de téle, internet au compte-goutte, que des feuilles de choux locales, moins de 50 étrangers dans une ville de 70 000 habitants... Ce qui semble me lier au vieux continent, c'est la pluie...et oui, juin, juillet, la saison des pluies bat son plein. Il fait quand même autour de 30°C mais le ciel verse sa rasade quotidienne à la terre rouge et sableuse qui explose alors en exubérance végétale...ici c'est tout en processus accéléré, comme si les plantes se pressaient de germer, grandir, fleurir et disperser leurs graines tant qu'il y a de l'eau. Du coup, les moindres lopins sont plantés d'arachides, de maïs, de manioc.
Au delà cette passionnante chronique météo, je fais mon trou à Bohicon. Me voilà bien installée dans ma maison, ça commence à avoir un peu d'allure et je regarder pousser mon potager en priant pour que pastèques et melons arrivent à terme. D'ici le mois prochain, une franco-béninoise de l'INAPG devrait me rejoindre en tant que chargée d'étude sur la valorisation énergétique de la biomasse (foyer de combustion amélioré et biocarburant)...là je sens que mon mail en décourage déjà certains! Plusieurs personnes m'ont posé la question « mais qu'est-ce que tu fous au Bénin? »...petite explication qui reste d'être un brin rébarbative mais ô combien pédagogique!
Dans le contexte de déclin de la filière coton, le Bénin se cherche un autre créneau pour son agriculture qui occupe et fait vivre quasiment 70% de la population. Le programme sur lequel je travaille se nomme « Productions Agroalimentaires et Renforcement des Initiatives Economiques Rurales » et porte sur la valorisation post-récolte des produits de l'agriculture familiale, bruts ou transformés en produits de terroir (farine fermentée de manioc, de maïs, pâte d'arachide). En bref, comment créer un revenu à partir du manioc, de l'arachide ou du maïs? Le programme est parti du postulat que les filières vivrières sont livrées à elle-même dans un contexte peu dynamique (bah ouais à la campagne au Bénin, c'est encore plus enclavé que la Creuse, dès que tu t'éloignes de 10 km des villes, il n'y pas plus aucun service, ni la moindre trace de modernité donc en terme d'opportunités c'est dur dur). Le but du programme c'est d'identifier des initiatives de producteurs à la base dans un environnement où ils subissent un désavantage concurrentiel (pas d'accès à l'électricité, au crédit, aux techniques, aux services de mouture, de séchage...) et de soutenir la mise en place de microentreprises rurales. Concrètement me direz-vous? Mettre en place un séchoir à céréales et organiser la gestion de ce service par les groupes d'agriculteurs eux-même. Accompagner l'achat d'une râpe mécanique pour transformer le manioc dans un groupement villageois de femmes. Toute la stratégie d'action se base sur l'accès à de nouveaux services et technologie susceptibles de créer de la valeur ajoutée et permettre à l'entreprenariat rural d'accéder à des marchés urbains. Souvent le levier de développement, c'est l'accès à l'énergie...pour sécher et conserver des produits ou pour réduire la pénibilité des travaux généralement réalisés par les femmes.
Le programme sur lequel je suis travaille donc avec les producteurs de base pour développer des services aux micor-entreprises rurales. On travaille aussi sur l'accès à des produits financiers adaptés dans les instituts de micro-finance de la place. Cela consiste à soutenir les instituts de microfinance dans la mise en place de services spécialement adaptés aux besoins du monde rural (crédit bail pour le matériel agricole, avance de trésorerie pour la conduite d'activités saisonnières, besoin en fonde de roulement, etc...).
Ma contribution à moi dans tout ça? Je suis assistante technique du programme. Dans le jargon du développement c'est une fonction qui veut tout dire...et son contraire! En fait, il y a deux chefs de projet, l'un en France à Aubagne et l'autre à Cotonou. Je suis chargée de faire le lien entre eux et de soutenir le chef de projet béninois dans sa mission : gestion administrative et financière du programme, conventionnement, relations avec les financeurs, programmation des activités, cadrage stratégique. Sans doute cela n'est pas très parlant mais pour l'image, disons que le programme est une petite entreprise d'une dizaine de salariés avec une co-direction entre une ONG française (GERES) et une ONG béninoise (Allowanou-Tognon). Moi je joue le rôle de consultant en management...au coeur de la machine mais sans le pouvoir de décision! Le boulot est très complet et prenant, parfois trop. C'est une bonne école de la débrouillardise et du système D!
Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez regarder le site (en transformation) du GERES (Groupement Energies Renouvelables Environnement Solidarité), ONG qui m'emploie. Voilou voilou pour le turbin. C'est pas du tout cuit loin s'en faut et l'enjeu est fort avec près de 4 millions d'euros engagés d'ici 2011. Peut être une bagatelle pour une boîte privé lambda mais un sacré morceau pour une ONG au Bénin.