Parce que à Bohicon, il n'y pas vraiment ni expo, ni festival, ni piscine, ni cinéma ni quoi que ce soit ressemblant à des loisirs organisés (hormis les cérémonies de funérailles mais on s'incruste pas comme ça non plus...), il faut bien créer soi-même ses occupations. La petite équipe de volontaires français et japonais que nous sommes a donc déployer tout son talent pour donner vie à une belle fresque dans la paillote de la maison de Thibault, mon (seul) collègue volontaire à Bohicon. Concours de dessin, projection des motifs la nuit et peinture le lendemain...de quoi trouver un sain exutoire aux tensions de la semaine. Ce petit week-end de la Pentecôte (bah ouais cela reste férié ici) a été l'occasion aussi d'étrenner ma maison. Pendaison de crémaillère à la bougie à cause d'une grosse pluie qui a entraîné une coupure de courant générale de 24h (bah ouais, personne ne travaille les jours fériés, pas même les techniciens du réseau électrique!).
Je fais mon trou à Bohicon mais dans la mentalité de cette ville de province traditionnelle, mon statut de jeune femme indépendante est pour le moins incongru. Mais où est mon mari? Et où sont mes enfants? Et comment je fais pour habiter toute seule? Dans une société où l'amélioration de la condition de la femme ( à tout point de vue) relève d'un chantier de Titan, où l'individu ne s'entend qu'en référence à un groupe familial, la logique de mon schéma de vie relève de l'absurde. Une jeune femme célibataire qui quitte seule son pays et son entourage pour aller travailler à l'autre bout du monde, cela ne cadre guère avec les projets de vie de mes homologues béninoises. Tout cela pour dire que mon cas intéresse, intrigue...et que mon intégration en est d'autant plus compliquée. On peut comprendre qu'un homme vive seul et soit mobile pour son travail, mais pas une femme et pas à mon âge. Du coup j'attire des personnes qui ne me veulent pas que du bien. Qui pensent que tout est permis avec moi vu que je suis, du fait de mon statut, en marge des valeurs traditionnelles. Qui voient en moi une opportunité du destin, et une possibilité, qui sait, d'obtenir de l'argent ou d'accéder à un autre monde. Ici courtisans et demandes en mariage sont légion et à foison...des jours ça fait rigoler tellement c'est énorme mais certains jours cela agace d'être vu comme un portefeuille à pattes, un portefeuille stupide, prêt à croire n'importe quoi en plus! Pour que Bohicon devienne ma ville, il me faudra donc encore pas mal de temps mais je ne désespère pas d'être acceptée et considérée pour ce que je suis. En attendant, je m'aère autant que possible les méninges avec ce que le Bénin compte de gens qui ont la bougeotte...