Vous
pensiez que j'avais laissé à ce stade mes véléités
de blog ? Point du tout. Un petit mot qui précède mes
vacances en Europe le mois prochain.
Et
oui une année au Bénin, le cap a été
passé le 21 mars, qui l'eut cru... le temps se rétrécit
à la chaleur des saisons africaines.
En
ce paresseux dimanche après-midi, je vous écris du
salon baigné dans une lumière brun doré qui joue
sur les tissus, les étoffes et les tableaux dont s'est parée
ma maisson en un an : voilà ce qu'on fait en un an, on se crée
un chez-soi, un petit univers dans lequel se tissent fil à fil
de belles arabesques de relations humaines. Un peu de Cat Stevens
pour penser aux “Malus Tracks” et une bouteille d'eau glacée
à portée de main car les grosses chaleurs continuent
plus que prévu. Aujourd'hui on limite les sorties car ce sont
les élections locales... et ce matin c'était déjà
le scandale car dans plusieurs bureaux, le matériel de vote
n'est toujours pas disponible à midi : point de bulletins,
encore moins d'urnes... Cela ne va pas arranger ce cher Dr YAYI BONI
qui souffre des mêmes critiques que celles adressées à
notre SARKO national : trop présent dans les medias, sur tous
les fronts à la place de ses ministres, un brin démago
dans ces prises de décision et égocentré version
petit culte de la personnalité. Affaire à suivre, tant
que les Béninois se disputent à coup de diatribes
télévisuelles ronflantes et de pseudo-groupes
parlementaires dissidents mais disciplinés, tudo bem.
Comme
promis dernièrement, je m'en vais vous parler un peu
d'agrocarburants. C'est en effet le sujet polémique très
tendance saison printemps-été 2008 avec le barril de
pétrole à plus de 115 $ et la risque de crise
alimentaire qui pèse dans de nombreux pays du Sud avec
l'augmentation incroyable du coût des produit de base
(perceptible à mon humble niveau quand j'achète le
pain, le beurre, le lait...). Quel rapport me direz-vous entre
alimentation et pétrole ? Primo le prix des denrées
alimentaires est lié au cours de l'énergie compte-tenu
des modes de productions actuelles (mécanisation, utilisation
d'engrais et pesticides, distance entre lieu de production et de
consommation, que celui qui n'a pas mangé de raisin du Chili
en mars lève la main...). Secundo, la demande sur les marchés
des céréales a cru du fait de la production de
“bio-éthanol” à base de maïs, principalement
aux USA.
Rajoutez
à cela l'Union Européenne qui décide
d'incorporer 10% d'agrocarburant dans les pompes européennes
d'ici quelques années et bonjour la surchauffe!
Et
l'Afrique de l'Ouest n'échappe pas à ces questions
globales... se développer sans énergie, no way. Alors
quand l'énergie devient chère (le Bénin est 100%
dépendant sur ce secteur), c'est un équilibre précaire
qui se met à vaciller. Les émeutes de la faim ont
commencé en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Sénégal. Évènement cyclique et structurel ou bien épée de
Damoclès sur le point de s'abattre ?
Enfin
bref, dans ce contexte, l'Afrique fait également rêver
pas mal de monde...tant de terres disponibles et inexploitées
pour produire des Everest d'agrocarburant et faire rouler des 4x4
hybrides (évidemment on est écolos chez nous mon bon
m'sieur). Depuis que je suis au Bénin, j'entends parler de
toutes sortes de pseudo-projets farfelus : des milliers d'hectares de
tournesol, de manioc ou de canne à sucre. Dans la réalité
des faits, les projets industriels peinent à s'installer.
Seuls quelques modestes expérimentations ont commencé.
La
plupart des expériences lancées au Bénin (mais
également au Mali, au Burkina) portent sur le Jatropha Curcas,
encore appelé pourghère. Il s'agit d'un arbuste
biscornu qui produit des graines fort riches en huile. Déjà
planté à Madagascar et au Cambodge (entre autres ?), le
Jatropha fait rêver : assez résistant à la
sécheresse, supportant des sols peu fertiles, coupe-feu contre
les incendies de brousse, luttant conte l'érosion et
régénarateur des sols, sans usage alimentaire ...
beaucoup y voient la plante magique, le parfait agrocarburant
“garanti sans effet secondaire” et en font la promotion comme
tel. Ce serait aller un peu vite en besogne, une plante reste une
plante, elle peut survivre dans des conditions difficiles, soit. Pour
ce qui est de produire des graines à un niveau suffisant pour
que le producteur qui la cultive puisse en vivre, il faut de l'eau et
des nutriments... non, non et re-non! On ne peut pas produire des
agrocarburants sur un caillou sec.
Mais
alors quel rapport entre le Jatropha et moi ???? Une part de mon travail
ces derniers mois a été de collecter des graines de
Jatropha sur des plants sauvages pour les mettre en pépinière.
Pour 2008, le GERES lance donc quelques dizaines d'hectares de
plantations avec un groupe pilote de producteurs. Objectif de la
manoeuvre : enfin pouvoir juger sur pièces les performances de
ce sauveur vert (car au Bénin c'est le vide en terme de
références agronomiques à ce sujet), juger de la
viabilité socio-économique d'une telle production et de
l'impact sur le système de production local. Rangez drapeaux
et bannières, chaque producteur plantera en moyenne 0,5
hectare, jamais au dépend des vivriers, et c'est le producteur
qui choisit le type de plantation qui lui convient le mieux (haie,
champs en culture pure ou associée à des plantations
vivrières). Les plantations devraient conduire à la
mise en place de petites unités d'extraction d'huile (des
presses comme pour l'huile d'olive) détenues par les
producteurs. L'huile végétale ainsi produite doit
permettre d'alimenter le marché local du diesel et du pétrole
: lampes tempêtes, moteur diesel des moulins à
céréales... Produire localement et consommer
localement, en voilà une bonne idée pour que les
deniers de l'énergie bénéficient à la
communauté.
Pas
possible d'aller plus loin sur le sujet car c'est un peu la guerre de
l'information ces temps. Le savoir coopératif n'est pas
vraiment le mot d'ordre : difficile de savoir qui veut faire des
agrocarburants et dans quelle finalité. Et rien de plus
désagréable que de constater qu'on a, sans le savoir,
filer un coup de main à un entrepreneur qui ambitionne de
faire des agrocarburants un produit de rente et une filière
d'exportation à l'image du coton...avec les réussites
qu'on connaît !
J'en
resterai là sur la question du Jatropha... donc merci d'être
indulgent à mon égard et de remiser oeufs pourris ou
tomates avariées si vous voyez mon nom accolé à
des projets agrocarburistes. Ce n'est pas avec moi que vous verrez de
la canne à sucre dopée et irriguée pour faire
rouler votre Clio.
Et
sinon, bah non, on ne fait pas que bosser, Dieu merci! Et on se
ballade aussi mon neveu! Et en bonne compagnie, c'est encore plus de
bonheur. Bonne compagnie = Hans, Suisse Allemand, biceps d'ancien gymnaste, meunier de son métier, moustache et bedaine de
circonstance après 17 ans de vie à Bohicon. Tant qu'on
charge une glacière bien pourvu en bière glacée
à l'arrière de son monstre tout-terrain, y'a pas de
limites aux virées dominicales, commentaires à l'appui
“ça c'est les Danois qui ont construit, ça a jamais
fonctionné”, “cette usine, ce sont les Israëliens, ça
a jamais tourné”...et ainsi de suite avec les routes des
Allemands, les centres de formation des Français, les centres
de santé des Japonais. De chemin tape-cul en ravines, la forêt
de Lokoli a ouvert ses rameaux et ô surprise, des arbres les
pieds dans l'eau entre lesquels on circule en canot... les marais
poitevins version tropicale! Autre petite virée, le Mono,
fleuve qui sépare le Bénin du Togo et qui se fait la
fantaisie de quelques rapides sinueux. Et bien sûr les
incontournables collines de Dassa où il fait bon sentir le
granit chaud tandis que le vent frais du crépuscule commence à
frémir...Le tout ponctuée d'une p'tite bière,
merci Hans (NB : les bières sont très légères
au Bénin, heureusement pour mon foie, hips)!
Entre
ces virées au vert et au grand air, la maison continue d'être
animée : la famille Degan a accueilli le petit dernier, les
dîners improvisés se succèdent pour profiter de
la relative fraîcheur des soirées... la vie quoi, chez
vous comme chez moi!
Je
ne ferai pas mentir le dicton “en mai, fais ce qu'il te plaît”
et il me plaira de retrouver ma tribu, ma clique et ses dépendances
d'ici quelques jours!