Le marché africain...toute une histoire dont je ne peux vous conter que quelques bribes. Dans le sud du Bénin , la plupart des marchés ont lieu tous les 5 jours (une fréquence liée à la structuration de leur système numérique, du moins en langue Fon). Enfin bref...Pour se rendre au marché, la plupart du temps les femmes (hormis pour les animaux pour lesquels, semble-t-il, la profession de boucher est exclusivement masculine), chargent sur leur tête de lourds paniers et prennent la route plus que matinalement, le plus souvent à pied. Les fillettes accompagnent souvent leur mère. Arrivées sur la place du marché, chacune organise son étal, que ce soit une toile de jute posée sur le trottoir ou une vraie boutique en béton. Partout les marchandises sont ordonnées, les tomates, les citrons, les piments sont disposées en petits tas, on fait des monticules de sel, de farine, on empile en pyramide le manioc, les ananas, les pagnes sont disposés en guirlande...une improbable méticulosité dans le chaos.
Le marché est surtout actif le matin, les ménagères viennent chercher les ingrédients indispensables à la préparation de la sacro-sainte sauce qui agrémentera le rie ou plus souvent la pâte de maïs, d'igname ou de manioc. Dans le marché; on se bouscule, on se hèle, on crie parfois un peu. Il faut prendre garde à ne pas déséquilibrer les commerçantes itinérantes qui circulent avec un plateau sur la tête, il faut s'écarter prestement devant les petites carrioles à bras qui charrient les sacs de riz, de charbon. Plus tard dans la journée, la fatigue gagne et beaucoup restent à demi-assoupies. Mais le marché dure jusqu'à étonnamment tard dans la soirée, à la lueur vacillante des petites lampes à pétrole. Les marchés ouest-africains , et plus certainement encore le marché de Bohicon, ville commerciale par excellence, rassemblent une diversité de produits qui laisse rêveur. Prévert n'y aurait pas renié son inventaire... Bien sûr, il y a les produits agricoles locaux : maïs, manioc, igname, tomates, oignons, piment, huile de palme, arachides; ananas, oranges, poisson fumé...Il y a aussi les produits dérivés traditionnels : le célèbre afitin d'Abomey, espèce de moutarde faite par fermentation de néré (une légumineuse), le klui-klui, beignets croustillants de pâte d'arachide, l'akassa, une sorte de pâte à base d'amidon de maïs, le fromage peul obtenu à partir de ferment végétal et beaucoup d'autres choses étranges que je ne connais pas (encore)! Le marché rassemble aussi les tissus, les médicaments et les plantes médicinales tout un bric-à-brac de chinoiseries de plus ou moins bon goût de la bouilloire à eau à la radio en passant par la pendule dauphin, des chaussures, de la vannerie, des soutiens-gorges, des bijoux de pacotille, des houes et des coupe-coupes, des calebasses, es bougies, tout le nécessaire d'ustensiles en plastique, des lampes de poche, tous les ingrédients nécessaires aux fétiches et cérémonies des vaudoun, des ficelles, des fripes, des crayons, du savon artisanal...et que sais-je encore!
Le marché est fondamental car faute d'infrastructures (notamment routières) et de structuration des filières, les produits circulent avec difficultés. Guère d'autres débouché pour le producteur local que l'autoconsommation ou la vente au marché du coin. De même, la plupart des clients ne s'approvisionne qu'au marché. Les boutiques et supermarchés restent une réalité occidentale. Près de 200 000 habitants dans la conurbation d'Abomey-Bohicon et un seul supermarché, plus petit qu'un SPAR de quartier, ravitaillé de façon aléatoire qui plus-est! Tout se fait comme dans une fourmilière, les femmes vont se ravitailler au grand marché de Cotonou, à Lomé ou au Nigeria où elles achètent quelques lots de produits importés (particulièrement les produits chinois qui sont PARTOUT) qu'elles ramènent en taxi et revendent ensuite au détail. Ici tout peut se vendre au détail, le comprimé d'aspirine, la cigarette, la dose de whisky, le bonbon, le rouleau de PQ, le clou...c'est d'ailleurs l'un des vices du commerce au Bénin, le plus souvent il n'y a pas création de valeur ajoutée dans le pays, on fait du business en achetant en gros et en revendant au détail dans des coins plus ou moins reculés, où de toute manière les acheteurs n'ont aucune information sur ce que vaut réellement le produit. Et cette chaîne de grossiste-détaillant peut compter de nombreux maillons!
En bref le marché africain semble une incarnation même du concept de marché de Adam Smith, un endroit où se rencontre l'offre et la demande et où la valeur des produits est modulée en fonction de ces deux paramètres...actuellement le kilo de tomates doit être autour de 200 FCFA, soit 0,25 euros (et je sais que je paie le prix fort!). D'une manière générale, la fluctuation des coûts des produits agricoles inhibe le développement rural car dès qu'un produit est en abondance sur le marché, c'est à dire au moment de la récolte, il ne vaut quasiment plus rien. Or le plus souvent, soit les producteurs souhaitent à tout prix obtenir du cash (même si le prix de vente est inférieur au prix de production), soit il n'y a de toute manière qu'une faible capacité de stockage...A titre d'exemple, savez-vous que au Burkina, on estime que près de la moitié de la production de mangues pourrit purement et simplement, et pourtant Dieu sait qu'en saison sèche, ces mangues seraient les bienvenues dans les estomacs.