La semaine dernière, ma copine Laure, volontaire pour le compte du SEDIF et du CCFD sur la gestion sociale de l'eau, a fait sa fête d'adieu. Après un an de galère sur un projet qui fonctionne tout de travers, une solution, la démission. Ce n'est malheureusement pas une exception, beaucoup de projets ne supportent pas le passage de la théorie à la pratique...pour un projet qui réussit, combien d'autres enlisés, sans issue?
Ce petit week-end d'adieu a été l'occasion aussi de visiter le lieu de travail de Laure. Elle était en appui à la mairie de Sô-Ava, un village lacustre sur le lac Nokoué. Les villages lacustres sont une particularité du Bénin. Excusez l'inexactitude mais durant les guerres de « tribus » (mot inexact), un des peuples s'est réfugié sur des villages faits de maisons sur pilotis. En effet leurs assaillants ne pouvaient, selon leurs croyances religieuses, s'aventurer sur l'eau avec leurs armes.
Le lac Nokoué, juste au nord des villes de Cotonou et de Porto-Novo compte donc de nombreux villages lacustres, donc le plus célèbre, Ganvié, où les habitants ne posent jamais le pied sur la terre ferme! C'est un écosystème très particulier et assez paradoxal. En effet, les cités lacustres se trouvent dans la zone la plus densément peuplée du Bénin et subissent l'influence de la grosse ville de Cotonou toute proche. Beaucoup de pollution, une pression démographique croissante. Des vrais problèmes de gestion urbaine...avec l'eau en plus! Les habitants se déplacent en pirogue entre les maisons et les ilôts de terre ferme. Ces cités lacustres vivent du maraîchage et de la pêche. Les produits sont vendus au marché de Cotonou tout proche, les villageois s'y rendent en pirogue collective. Du poisson et des légumes à l'aller, les produits du marché (riz, savon, sauce tomate) au retour...de sacrés convois bigarrés maniés à la force du bras, avec une perche.
Ces villages sont un peu une vitrine du Bénin, un lieu très emblématique et un véritable spot touristique....the place to be pour toutes les institutions qui veulent soigner leur image. Cela draine tout un tas de projets de développement avec des petites et des grandes asso', des coopérations décentralisées, des étudiants, des centres de recherche, des églises...sans forcément avoir des impacts réels sur le terrain (la plupart des villages sans eau, ni électricité, une insalubrité structurelle, un environnement toujours plus détérioré). Cela a fait évoluer les mentalités des populations vers quelque chose de pas franchement joli joli...soit tu me donnes de l'argent, soit tu dégages. Un mélange d'assistanat et d'agressivité, une dépendance institutionnalisée. Des gamins qui hurlent « Donne moi 100 francs » dès qu'un yovo passe. La faute aux projets en pagaille qui, incapables de se coordonner sur un même territoire et d'associer les bénéficiaires, déversent de l'argent sans se soucier de qui s'approprie les projets localement. L'important c'est de faire des belles inaugurations! Il faut apprécier l'image de carte postale mais ne pas se voiler la face. Certains Béninois pensent qu'on leur vole leur âme en les photographiant et dans un certain sens c'est exact! Dans l'interaction culturelle telle qu'elle se pratique actuellement, c'est le pire qu'y s'échange!