Ces quelques dernières semaines se sont inscrites sous le signe des kms poussiéreux...
Sillonner le Nord du Bénin pour arpenter des villages improbables au bout de piste sans fin où on croise les Peuls en transhumance avec leurs troupeaux pour rejoindre les contrées plus clémentes du sud. Bouffer du km jusqu'à l'indigestion pour rejoindre des Volontaires du Progrès, perchés tout là-haut, dans le voisin « Pays des Hommes Intègres » alias Burkina Faso.
Comme vous ne l'ignorez sans doute pas, je suis à un modeste niveau sur l'échelle de l'expatriation, puisque je suis sous statut de « Volontaire de Solidarité International », en contrat avec la fameuse « Association Française des Volontaires du Progrès ». Au-delà de cette appellation désuète, cette organisation oeuvre en partenariat étroit avec le Ministère des Affaires Etrangères depuis le lendemain des indépendances. C'est la principale pourvoyeuse de volontaires français “all over the world”. Volontaire me direz-vous ? C'est un statut hybride entre bénévole et expatrié : une indemnité de 500 euros, une couverture médicale et un système de formation à disposition.
L'AFVP (sans s'attarder sur la pléthore de dysfonctionnements de cette vieille maison) a comme principal atout un réseau de jeunes VP (Volontaire du Progrès) dans le monde entier. En traversant l'Afrique, un VP vous ouvrira sa porte dans quasi chaque petite ville. Et la force de ces VP, c'est la solidarité...ma maison est ouverte sans condition aux VP, connus ou inconnus, et je ferais de mon mieux pour les accueillir même si ce n'est pas le bon moment, même si ils restent des semaines, même si j'ai compèt' de karaté le lendemain. Et je sais qu'on en fera autant pour moi...et ça marche! Lors de mon dernier voyage au Togo, j'ai débarqué pliée en deux par la fièvre chez de parfaits inconnus VP...ils ont préparé un lit, un repas, chauffé de l'eau pour une douche. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres et cela fait un bien fou de trouver de telles pépites de richesse humaine sur les chemins. Pour ma part, à chaque fois je suis étonnée et touchée par cet accueil...et je me rends compte que cela me donne envie de rendre 100 fois la pareille.
C'est donc pour rejoindre les Volontaires du Burkina-Faso que j'ai fait mon sac. Deux heures assis au bord de la route à attendre le bus dans un joyeux désordre à la lueur oscillante du lampion rouge du barrage de police à l'entrée de Bohicon...C'est à minuit passé que le bus a enfin pointé le bout de son nez et toute ma clique de Bohicon était là pour saluer mon départ : merci les copains. Au programme 19h de route avec des sursauts au milieu de songes aussi chaotiques que le bitume qui berçait ce demi-sommeil, 2 crevaisons avec cette odeur flippante de caoutchouc brûlé, un lever de soleil sur la savane assoiffée, un petit dèj avec des mamas du gabarit de Maïté, les yeux piquants de pourssière et de fatigue au passage lentissime des douanes, l'arrivée à Ouaga, cité aux milliers de mobylettes P50 pétaradantes....et quelques jours à passer avec les Volontaires du Burkina.
Cette rencontre de Volontaires avait pour objectif de nous mettre “3 jours dans la vie d'un Burkinabé”. En fait c'était 3 jours dans la vie associative locale de la région de Dori, aux portes du Sahel. Les volontaires se sont égaillées entre des associations d'artisanat féminin, de culture maraîchère en coopérative, d'accès aux nouvelles technologies, de développement de l'écotourisme, etc.
Pour ma part, j'ai rejoint une structure de lutte contre le VIH-SIDA qui va de village en village, avec une télé sans âge, un lecteur DVD chinois et un petit groupe électrogène pour projeter des films de sensibilisation aux MST et proposer des campagnes de dépistage. On s'émeut parfois de la violence de certaines campagnes de santé publique en Europe et bien ce n'est rien comparé à ce qui a été diffusé dans ces villages du Burkina : la vidéo reprenait les infections vénériennes par le menu avec gros plans de rigueur...miam-miam. Au-delà du contenu même du film de sensibilisation, c'était incroyable de voir quasiment tout le village rassemblé autour de ce minuscule écran, obnubilé par cette image animée et lumineuse sous les étoiles.
C'était une belle expérience, et pour ne rien gâcher, dans un endroit magifique. Le début du Sahel, c'est le début du désert. Tout y paraît plus intense, le soleil y brille d'un éclat plus mordant, le vent vient de plus loin, l'horizon est plus vaste. En contraste avec l'ocre, le brun et le jaune qui envahissent le paysage en saison sèche, les Peuls de la région sont vêtus de couleurs éclatantes, réhaussées de bijoux clinquants. Le marché est d'une beauté captivante et nul spectacle n'est plus agréable que ces ânes chargés de sac, traversant la ville nonchalament. Et la vie paraît simple et apaisée, les gens sont calmes et avenants...même si il ne faut pas se voiler la face, ce calme est aussi celui d'une région qui n'offre que peu de perspectives à des jeunes dont l'ennui est colossal.
Enfin bref, en dépit de certaines réalités, le Burkina-Faso m'a charmée, surtout par la simplicité des gens que j'ai rencontrés. Misons que ce n'était que la première d'une longue série de visites!
Bye bye...prochain épisode dans quelques semaines!